Épisode du 16/04/2025
Le menu du jour sera essentiellement constitué de touches de nouveautés et de belles découvertes
Émission Jazz chorus
Depuis Grenoble, entre Paris et New York c’est le parcours d’un guitariste que je découvre à l’occasion de la sortie de son nouveau projet. Yves Brouqui sait tout de la guitare qu’il joue depuis quatre décennies, entre bop et hard bop ; des maîtres il a tout digéré et les met à sa sauce avec fraîcheur et sans bavardage. C’est avec le trio du pianiste Spike Wilner, habitué des jams new-yorkaises et notamment au Small, qu’il redonne quelques standards bien choisis et présente quatre de ses compositions. Le Blind full test serait redoutable notamment pour le Turquoise Twice d’introduction : label Blue Note ou pas ?
Une nouvelle voix féminine singulière arrive de Suisse avec Brigitte Bühlmann. Tout dans les graves, comme susurré au creux de nos oreilles pour ce best of des standards absolus du Real Book arrangés avec un véritable souffle neuf par le pianiste Noé Macary avec Sylvain Pourrat à la contrebasse et Thomas Chignier aux drums: aucune envolée scattée vertigineuse pour un premier disque de mise en bouche, il faudra attendre le prochain pour connaitre l’évolution de la Miss mais celui-ci est diablement hypnotique, original déjà.
Un projet innovant, créé en 2024, réunit un pianiste et deux saxophonistes pour « LOTUS FLOWER », à l’alto Angelika Niescier, au ténor Sakina Abdoo et au clavier Bruno Angelini. A la mémoire de Wayne Shorter et de quelques figures de légende marquantes de l’histoire, souvent des femmes : Jane Adams, Rosa Parks, Berta Càceres, Paul Eluard, Nelson Mandela, etc., Bruno Angelini compose neuf titres. L’occasion aussi de découvrir ces deux saxophonistes tout à fait intéressantes ; Angelika est allemande, Sakina française, deux discours différents en entrechats avec l’une plutôt aérienne, l’autre plutôt rentre dedans rageuse, toutes deux s’échappent de l’univers polissé de beaucoup de leurs consœurs et confrères des anches. Compositions allégoriques auxquelles le pianiste a associé l’une ou l’autre de ses muses du moment, souvent les deux, avec des arrangements terribles qui font que l’on a l’impression d’entendre une vraie section de saxs, le lyrisme côtoie la rage d’un jazz que l’on a dit free.
« La fleur de lotus est la seule à pousser dans le marais qui est comme le monde, trouble et boueux, peuplé de créatures dangereuses. C’est la seule fleur dont la tige et la fleur, c’est-à-dire la mère et l’enfant apparaissent en même temps : la cause et l’effet sont simultanés. Et surtout, quand la fleur s’ouvre dans le marais, tout autour de la tige, l’eau s’éclaircit ! C’est un symbole de lumière ». – WAYNE SHORTER
Et pour compléter un peu ce panorama de quelques nouveautés, le nouveau projet du contrebassiste anglais Gary Brunton qui a trouvé Paris à son goût pour proposer et enregistrer ses projets ; le nouveau est un trio aux sonorités singulières notamment avec un panel des saxophones, flûtes, clarinettes et autre hautbois joués par Daniel Beaussier et la voix de Célestine de Williencourt ; les compositions du patron évoquent encore ses grands espaces, ceux des terres du nord de l’Islande, d’Écosse et d’ailleurs, ils s’éloignent des notes bleues pour voguer vers d’autres univers, c’est certain.
Le corniste suédois Tobias Wiklund quant à lui n’oublie toujours pas La Tradition, le blues est indéniablement en lui et notamment lorsqu’il appelle à son côté le saxophone brûlant d’Hanna Paulsberg, un tandem qui me fait indéniablement penser au duo légendaire de Don Cherry et Gato Barbieri, bien dommage qu’il ne soit pas plus connu chez nous…
Pour les découvertes de l’actualité du jour:
- Turquoise Twice – Yves Brouqui
- Elévation – Bruno Angelini
- What Is This Thing Called Love? – Brigitte Bühlmann
- La quadrature du cercle polaire – Gary Brunton
- L’art de la Paix – Bruno Angelini
- My Funny Valentine - Brigitte Bühlmann
- Atomic Stringency – Tobias Wiklund
- Massena Boulevard – Yves Brouqui
- Hull House – Bruno Angelini
- There Is No Greater Love - Brigitte Bühlmann
- Rosa and the Thorns – Bruno Angelini


